Sur les terres sacrées de Preah Vihear, le Prasat Chaktomuk (khmer : ប្រាសាទចតុមុខ, littéralement « temple aux quatre visages ») s’élève comme un humble sanctuaire dans le vaste complexe Preah Khan de Kampong Svay, à quelque 105 km au nord-est de l’exceptionnel site d’Angkor. Quatre statues de Bouddha, fusionnées dans une unité éternelle, tournent leurs regards sereins vers chaque horizon depuis la rive occidentale du grand baray, où les murmures de la jungle recouvrent le grès ancien. Édifié pendant l’apogée l’Empire khmer pendant les règnes des rois Suryavarman II et Jayavarman VII, ce sanctuaire exprime sans détours le mysticisme du bouddhisme mahayana.
Le Preah Khan de Kampong Svay a été bâti au XIe siècle ; c’est sous le règne de Jayavarman VII à la fin du XIIe siècle, après les invasions des Chams, que le site a connu son apogée. Les quatre Bouddhas adossés du Prasat Chaktomuk incarnent la vigilance cosmique ; ils sont un reflet des nombreux bodhisattvas du temple du Bayon et de ceux du Preah Khan de Siem Reap, mais leur style demeure unique au Cambodge. Le site fut abandonné au XIVe siècle alors que l’empire déclinait. L’endroit a été inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO.
En 2018, le sanctuaire a bénéficié d’une restauration minutieuse sous l’impulsion de l’ancien Premier ministre Hun Sen et du gouvernement cambodgien, insufflant une nouvelle vie à sa forme marquée par le temps tout en honorant le patrimoine national. Les travaux entrepris ont permis de stabiliser les statues et le piédestal des Bouddhas, les protégeant de toute nouvelle invasion de la jungle et assurant que leur héritage perdure pour les futurs pèlerins.

Dénuée de nagas en spirales, de chaussées ou de remparts, la poésie austère de cet endroit convient mieux à une surveillance des frontières, à dix mille lieues de la magnificence d’Angkor.
Chuchotements dans la sérénité de grès
Au cœur, quatre Bouddhas se complètent parfaitement — regard vers le nord ferme, calme vers le sud, aube vers l’est, crépuscule vers l’ouest — au-dessus d’un piédestal embrassé de linteaux floraux qui ne sont pas sans rappeler la rêverie du Bayon.
Les divinités cardinales du Prasat Chaktomuk semble vouloir protéger le royaume des invasions barbares. Des échos animistes persistent dans les offrandes spirituelles ; les chants au clair de lune ravivent les rêveries royales.
Départ à l’aube d’Angkor, compter 5 6 heures de route pour une distance de 105 km. Emportez de l’eau, des chaussures de marche, un répulsif pour vous protéger des insectes. Avancez prudemment. L’utilisation des drones sur le site est interdite. Et ne vous fiez pas à Google Maps : vous n’atteindrez jamais le complexe du Preah Khan si vous suivez la RN6, car le dernier tronçon de la route est bloqué ! Empruntez plutôt la RN62.



















