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Le Funan d’après Cœdès

Pascal Medeville by Pascal Medeville
April 26, 2026
in Français, Histoire
Reading Time: 16 mins read
0

(Temps de lecture : environ 6 minutes – juste assez pour apprendre quelque chose avant que le café ne refroidisse.)

Le Funan occupe une place fondatrice dans l’histoire de l’Asie du Sud‑Est indianisée. À travers les textes chinois et les inscriptions sanskrites analysés par George Cœdès dans son œuvre majeure Histoire ancienne des États Hindouisés d’Extrême Orient, se dessine l’évolution d’un royaume centré sur le delta du Mékong, dont l’influence politique, commerciale et religieuse rayonna plusieurs siècles avant Angkor. Le présent texte est une synthèse des différentes parties que George Cœdès consacre au Funan. Elle propose de retracer, à partir de cette documentation fragmentaire mais cohérente, la trajectoire du Funan, depuis ses origines légendaires jusqu’à son absorption par le Zhenla.

Carte des royaumes hindouisés d’Indochine (Ier au IXe siècles) (Emmanuel de Chambost (France), Domaine public)

Note : Les formes « Funan » et « Zhenla » sont des transcriptions modernes en pinyin, système de transcription officiel de la langue chinoise, des noms chinois Fou‑nan (扶南) et Tchen‑la (真臘), utilisés par le passé par les historiens ocidentaux.

Cadre géographique et sources

Le Funan (Fou‑nan) est le nom donné par les sources chinoises à un royaume centré sur le bas Mékong et son delta, avec comme capitale, à un moment de son histoire, Vyadhapura, située dans la région de Ba Phnom / Banam (province de Prey Veng). Le nom chinois Funan refléterait l’ancien khmer bnam (ភ្នំ phnom, anciennement វ្នំ vnom “montagne”), en référence au titre royal “roi de la montagne” (parvatabhūpala / śailarāja, khmer kurung bnam), titre par lequel les Chinois en sont venus à désigner le pays tout entier.

Pour les deux ou trois premiers siècles, le royaume n’a presque pas laissé de vestiges archéologiques ou épigraphiques datés avec certitude, et notre principale documentation vient de fragments des Annales chinoises (missions, ambassades, notices ethnographiques), complétés par quelques inscriptions sanskrites (Vo‑canh, inscriptions de Gunavarman, etc.).

Origines légendaires et formation du royaume (Ier–IIe s. ap. J.‑C.)

Légende de Kaundinya et Soma

Les Annales chinoises, via le récit de la mission de Kang Tai et Zhu Ying, donnent une version sinisée d’une légende indienne conservée de manière plus fidèle dans une inscription sanskrite du Champa (Mi‑sơn).

Selon la version chinoise, le premier roi du Funan, Houen‑tien (Kaundinya), est un étranger (Inde, péninsule malaise ou îles du Sud) à qui un génie remet en rêve un arc magique et ordonne de prendre la mer sur un navire marchand. Il accoste au Funan où règne une reine nommée Lieou‑ye (“Feuille de saule”), qui tente de piller son bateau. Kaundinya tire alors une flèche de son arc divin qui transperce la barque de la reine ; effrayée, elle se soumet, devient son épouse, et il prend le pouvoir, qu’il transmet à ses descendants.

L’inscription sanskrite parallèle raconte qu’un brahmane Kaundinya, ayant reçu un javelot sacré, fonde sa capitale à l’endroit où tombe ce javelot et épouse Soma, fille du roi des Nāga, inaugurant une lignée royale. Cette union mystique Kaundinya-Nāgī se retrouvera plus tard dans les traditions angkoriennes (rite mentionné par Zhou Daguan, Chronique cambodgienne, légende des Pallava de Kanchī, etc.).

Cœdès souligne que les événements historiques qui ont été ensuite “enrobés” dans cette légende doivent être antérieurs au IIe siècle, car dès le siècle suivant nous sommes en présence de personnages historiquement attestés par l’épigraphie et les sources chinoises.

Expansion et apogée ancienne (IIe–IIIe siècles)

Conquête sous Fan Che‑man

Parmi les premiers rois historiques, les Annales des Liang évoquent un descendant de Kaundinya, Houen‑pan‑houang, vivant plus de 90 ans, puis son fils Pan‑pan, qui délègue le gouvernement à son grand général Fan Man (Fan Che‑man). Après la mort de Pan‑pan, Fan Che‑man est choisi comme roi par le peuple et se proclame “Grand Roi du Funan”.

Fan Che‑man lance des campagnes militaires qui soumettent de nombreux royaumes voisins (Kiu‑tou‑kouen, Kieou‑tche, Tien‑souen, etc.), étendant le territoire de Funan de “cinq à six mille li”, et conduit même des expéditions navales jusqu’à la “mer immense”. Le Tien‑souen semble correspondre à un Touen‑siun décrit ailleurs comme dépendance du Funan, probablement sur la péninsule malaise, ce qui montre l’extension funanaise vers le Sud‑Ouest.

Cœdès, suivant Finot, propose d’identifier Fan Che‑man avec le roi Śrī Māra de l’inscription sanskrite de Vo‑canh (région de Nha‑trang), texte longtemps attribué au Champa mais désormais considéré comme issu d’un État vassal du Funan. Cette stèle (IIIe siècle) montre qu’à cette époque le sanskrit est déjà langue de chancellerie, et que le bouddhisme y jouit du patronage royal, ce qui s’insère bien dans un contexte d’expansion funanaise vers le centre du Viêt Nam actuel.

Usurpations, contacts avec l’Inde et diplomatie

Après la mort de Fan Che‑man, un cycle d’usurpations se produit : son neveu Fan Tchan tue l’héritier légitime et s’empare du trône, puis est lui‑même assassiné par Tchang, fils de Fan Che‑man, lequel est à son tour tué par le général Fan Siun, qui se proclame roi. Ces événements se situent approximativement entre 225 et 250.

Le règne de Fan Tchan est crucial, car il voit les premiers contacts diplomatiques directs entre Funan et l’Inde. Un texte du Ve siècle rapporte qu’un certain Kia‑siang‑li, venant d’un pays à l’ouest de l’Inde, se rend d’abord en Inde, puis au Funan et décrit au roi les merveilles de l’Inde. Le roi envoie alors un parent, Sou‑wou, en ambassade : partant probablement de Takkola (Teou‑kiu‑li, sur la côte de l’océan Indien), Sou‑wou remonte le Gange jusqu’à la capitale d’un prince identifié à la dynastie des Murundas. Le retour de la mission, quatre ans plus tard, avec des chevaux indo‑scythes et l’Indien Tchen‑song, marque un épisode précoce de relations directes entre Funan et le sous‑continent.

Sous l’usurpateur Fan Siun, le Funan multiplie ensuite les ambassades vers la Chine (annales des Jin, années 268–287), tandis que la mission chinoise de Kang Tai et Zhu Ying (vers 245–250) fournit la première description détaillée du pays.

Société, économie et religion au Funan

Organisation sociale et vie matérielle

Les rapports de Kang Tai et des Histoires des Song / Liang dressent un tableau relativement riche de la société funanaise.

Quelques traits saillants :

  • Existence de villes fortifiées, de palais et de maisons d’habitation ; présence de livres et d’archives, avec une écriture apparentée aux systèmes indiens utilisés par les “Hou” (peuples d’Asie centrale).
  • Population décrite par les Chinois comme “laide et noire”, cheveux frisés, vêtement sommaire (sarong en brocart pour les élites, simples étoffes pour les pauvres).
  • Économie agricole : on sème une année, on récolte pendant trois, ce qui suggère une riziculture irriguée très productive ; l’impôt se paie en or, argent, perles, parfums.
  • Artisanat de haut niveau (orfèvrerie, argenterie, ciselure) : bagues et bracelets en or, vaisselle en argent sont utilisés quotidiennement. (Des exemples de ce artisanat sont présentés au Musée Sosoro et au Musée d’Angkor Borei.)
  • Habitat : maisons surélevées, toits couverts de feuilles de grands bambous ; enceintes de bois, trapeang (bassin commun) pour l’eau, encore typique du Cambodge rural.
  • Transport : pirogues de 8-9 zhang (env. 25-30 m) au profil en “tête et queue de poisson” (ces pirogues monoxyles sont celles que l’on voit encore aujourd’hui lors des régates de la fête des eaux), usage de l’éléphant pour les déplacements royaux et des élites.
  • Justice : ordalies spectaculaires (eau bouillante, chaîne chauffée au rouge, immersion dans l’eau) pour trancher les litiges ; absence de prisons à proprement parler.
  • Funérailles : quatre traitements possibles du mort – par l’eau (déposition dans le fleuve), le feu (crémation), la terre (inhumation), ou les oiseaux (exposition en plein air).

Religion et culture

Les cultes hindous et le bouddhisme coexistent au Funan, à des degrés variables selon les périodes.

  • Le premier Kaundinya est un brahmane ; la tradition implique l’implantation précoce du culte de Śiva, avec rites brahmaniques.
  • Les textes chinois affirment qu’au Ve siècle “la coutume de ce pays était de rendre un culte au dieu Maheśvara (Śiva)”, qui “descend sans cesse sur le mont Mo‑tan”, c’est‑à‑dire la montagne sacrée centrale (probablement la colline qui a servi de modèle à l’idée de “roi de la montagne”).
  • Ce Śiva montagnard est vraisemblablement matérialisé sous forme de linga (Śiva Girīśa), et Cœdès pense que certains temples préangkoriens à multiples étages miniatures sur la toiture reproduiraient un type architectural issu du Funan.
  • Des images à deux visages et quatre bras (ou quatre visages et huit bras), tenant des enfants, oiseaux, quadrupèdes, soleil, lune, sont interprétées comme des Harihara ou des divinités syncrétiques.
  • Le vishnouisme est attesté par les inscriptions de Gunavarman et de sa mère Kulaprabhāvatī, qui consacrent des sanctuaires à Viṣṇu (empreinte de pied de Viṣṇu Chakratrthasvāmin dans la Plaine des Joncs).
  • Le bouddhisme de langue sanskrite est connu dès le IIIe siècle (Vo‑canh) et devient éminent aux Ve-VIe siècles : des moines originaires du Funan (Sanghapāla, Mandrasena) travaillent en Chine à la traduction de textes bouddhiques, et certaines fondations de Rudravarman sont bouddhiques.

“Seconde hindouisation” et dynastie Kaundinya du Ve siècle

Cœdès montre qu’entre le milieu du IVe et le milieu du Ve siècle, un mouvement de renforcement de l’influence indienne touche l’ensemble de l’“Inde extérieure” (Champa, Bornéo, Java, Sumatra, Funan). Il l’explique, au moins en partie, par les conséquences des conquêtes de Samudragupta en Inde du Sud (vers 335-375) et par les troubles qui en résultent chez les Pallava et d’autres lignées, poussant princes, brahmanes et lettrés à émigrer vers les régions déjà indianisées et engagées dans les réseaux maritimes.

Dans ce contexte, les sources chinoises signalent qu’après un prince “indo‑scythe” (Chandan, identifié par certains à un Indo‑Scythe installé sur le trône vers 357), un brahmane indien nommé Kaundinya (Kiao‑tchen‑jou) devient roi du Funan. Une “voix surnaturelle” lui aurait ordonné de venir régner au Funan ; il débarque au Pan‑pan (dans la péninsule malaise), puis est accepté par le peuple funanais qui l’élit roi.

Ce Kaundinya “II” réforme les institutions “selon les méthodes de l’Inde” et incarne la seconde grande vague d’hindouisation du royaume. L’un de ses successeurs, Tche‑li‑to‑pa‑mo (Šrī Indravarman ou Śreṣṭhavarman), envoie des ambassades aux Liu-Song entre 434 et 438, et refuse de fournir des troupes au Champa (Lin‑yi) pour une attaque contre le Tonkin, montrant le rôle régional du Funan.

Jayavarman et la haute époque du Funan (fin Ve – début VIe s.)

Règne et politique extérieure

Après cette “réforme” kaundinyenne, les annales des Qi méridionaux mentionnent, vers la fin du Ve siècle, un roi du Funan nommé Ch‑ye‑pa‑mo (Jayavarman), de “nom de famille Kiao‑tchen‑jou”, c’est‑à‑dire un descendant de Kaundinya.

Jayavarman envoie en 484 une ambassade en Chine, portée par le moine indien Nāgasena, pour offrir des présents et surtout demander une aide militaire contre le Lin‑yi (Champa), où un certain Tang‑ken‑tchouen, présenté soit comme fils du roi du Funan, soit comme un serviteur de Jayavarman (Kieu‑tcheou‑lo), s’est emparé du trône. L’empereur remercie les présents mais refuse d’intervenir, laissant Funan et Champa régler seul leur différend.

Bien que la Chine décline cette demande, le prestige de Jayavarman est attesté par un décret impérial lors de l’ambassade de 503, qui le qualifie de “roi du Funan qui gouverne de génération en génération les lointains pays du Sud” et lui confère le titre glorieux de “Général du Sud pacifié, roi du Funan”.

Vie religieuse et culturelle sous Jayavarman

Sous Jayavarman, les textes chinois indiquent clairement la prédominance du culte de Śiva (Maheśvara), tout en notant l’importance du bouddhisme :

  • Jayavarman vénère Maheśvara, et c’est sous son règne que deux moines funanais maîtrisant le sanskrit (Sanghapāla, Mandrasena) s’établissent en Chine pour traduire des textes bouddhiques.
  • Le placet envoyé en 484 est fortement marqué par un vocabulaire bouddhique, même si le souverain apparaît comme un roi śivaïte.

Dans l’épigraphie, Jayavarman n’est connu qu’indirectement : sa première reine, Kulaprabhāvatī, fait graver une inscription en sanskrit (Takeo) relatant la fondation d’un ermitage avec habitation et pièce d’eau, d’inspiration vishnouite. Un de ses fils, Gunavarman, consacre à Viṣṇu Chakratrthasvāmin un sanctuaire dans la Plaine des Joncs (Thap‑mi), sur une terre asséchée et remblayée, ce que Cœdès interprète comme une “conquête pacifique” de terres marécageuses par l’aménagement hydraulique.

Jayavarman meurt en 514.

Rudravarman et le déclin du Funan (début–milieu VIe s.)

À la mort de Jayavarman, son fils Gunavarman, probablement né de Kulaprabhāvatī, est écarté du trône et assassiné par son demi‑frère Lieou‑to‑pa‑mo (Rudravarman), fils d’une concubine ; les textes chinois insistent sur l’irrégularité de cette accession.

Rudravarman envoie plusieurs ambassades en Chine entre 517 et 539 ; une inscription bouddhique retrouvée dans la province de Bati le mentionne comme roi régnant. Une stèle du VIIe siècle le cite comme prédécesseur de Bhavavarman I, premier roi du Cambodge préangkorien, et une inscription du Xe siècle fait de lui le chef de branche de la lignée issue de Kaundinya et de la Nāgī Soma, l’inscrivant ainsi durablement dans la mémoire dynastique cambodgienne.

La dernière ambassade connue de Rudravarman date de 539. La Nouvelle Histoire des Tang mentionne encore des ambassades du Funan dans la première moitié du VIIe siècle, mais indique qu’entre‑temps le pays a subi un “grand changement” : la capitale située à Ba Phnom a été brusquement réduite par le Zhenla, obligeant le roi à migrer vers le Sud, à Na‑fou‑na. Cette capitale funanaise tardive pourrait avoir été Angkor Borei ou, plus probablement encore pour la phase ultime, une localité plus méridionale en Cochinchine orientale.

Cœdès conclut que l’accession irrégulière de Rudravarman a probablement déclenché, dans les provinces du moyen Mékong, un mouvement mené par deux frères, Bhavavarman et Chitrasena, qui aboutit, entre 540 et 550, au démembrement du Funan. C’est le début de la montée du Zhenla.

Conquête du Funan par le Zhenla et héritage (VIe–VIIe s.)

Ascension du Zhenla

Le Zhenla apparaît pour la première fois dans l’Histoire des Sui, qui le décrit comme un royaume vassal du Funan, situé au sud‑ouest du Lin‑yi (Champa), avec un roi nommé Chitrasena (Tche‑to‑sseu‑na), de famille Kṣatriya (Tcha‑li). Ses ancêtres avaient “progressivement accru la puissance du pays”, et Chitrasena finit par “s’emparer du Funan et le soumettre”.

Le centre du Zhenla est localisé par Cœdès autour de Bassac, près du site de Vat Phu, où l’on reconnaît dans la montagne sacrée Ling‑kia‑po‑po et le dieu Po‑to‑li les échos du Lingaparvata et du dieu Bhadreśvara vénéré à Vat Phu.

Les inscriptions montrent que Bhavavarman (frère de Chitrasena) porte un titre royal et a une capitale Bhavapura, encore non localisée. Bhavavarman est dit fils de Vīravarman et petit‑fils d’un “monarque universel” (sarvabhauma), interprété comme un roi du Funan ; une inscription tardive précise qu’il épouse une princesse issue de la famille maternelle de Śreṣṭhavarman (ligne Kambu‑Mera). Bhavavarman est donc à la fois prince de la lignée funanaise et roi du Zhenla par mariage.

Entre 540 et 550, Bhavavarman et son frère Chitrasena mènent des campagnes qui atteignent Kratié sur le Mékong, le secteur de Buriram entre Mun et Dangrêk, et la région de Mongkol Borei à l’ouest du Grand Lac, comme l’attestent leurs inscriptions. Le Funan transfère alors sa capitale de Ba Phnom à Na‑fou‑na, plus au Sud.

Chitrasena, devenu Mahendravarman à son avènement, poursuit l’œuvre de son frère et laisse des inscriptions jusque sur les hautes vallées du Mun et du Mékong (Surin, embouchure du Mun, etc.), associées à la fondation de linga de Śiva montagnard et d’images du taureau Nandin, “à l’occasion de la conquête de toute la contrée”. Les ambassades à la Chine de leur successeur Īśānavarman sont datées à partir de 616–617.

Absorption des territoires funanais

Īśānavarman, fils de Mahendravarman, achève l’absorption des anciens territoires funanais et se voit attribuer par la Nouvelle Histoire des Tang la “conquête effective du Funan” au début de la période 627–649. On a des inscriptions d’Īśānavarman dans les provinces de Kompong Cham, Prey Veng, Kandal, Takeo, et jusqu’à Chantaboun, montrant l’extension de son pouvoir sur l’ancien espace funanais. Sa capitale, Īśānapura, est identifiée de manière convaincante au complexe de Sambor Prei Kuk (région de Kompong Thom).

Cœdès insiste sur le caractère structurel de ce basculement : il s’agit d’un épisode précoce de la poussée vers le Sud des royaumes de “terres hautes” (plateaux du moyen Mékong) sur les plaines alluviales du Cambodge, dynamique qui se reproduira à plusieurs reprises dans l’histoire cambodgienne, siamoise et birmane.

Mémoire du Funan dans le Cambodge ultérieur

Bien que politiquement disparu, le Funan conserve longtemps un prestige considérable :

  • Les rois préangkoriens du Cambodge adoptent la légende dynastique de Kaundinya et de la Nāgī Soma.
  • À l’époque angkorienne, certaines inscriptions s’efforcent de rattacher la lignée royale aux adhirāja de Vyadhapura, “rois suprêmes” du Funan.
  • Les souverains javanais du VIIIe siècle ressuscitent le titre de Śailendra (“roi de la montagne”), qui renvoie à la même idéologie de montagne sacrée que celle des rois funanais.

Sur le plan artistique, si l’architecture funanaise a pratiquement disparu, Cœdès, suivant Parmentier, propose que certains sanctuaires préangkoriens d’art “prétendu Funan” – toitures à étages multiples couverts de minuscules niches – reflètent un type dérivé de monuments funanais. Quant à la statuaire, les Buddhas de style Gupta, les Viṣṇu mitrés, Harihara et images de Sūrya trouvés au Cambodge et en Cochinchine, bien que postérieurs, donnent un écho vraisemblable du style sculpté de la tradition funanaise.

(Une traduction en anglais du livre de Cœdès est disponible sur Angkor Database, ici.)

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Tags: Asie du Sud-EstCambodge ancienFounanFunanGeorge CoedèsHistoireIndianisationKhmerTchen-laZhenla
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