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Le calendrier lunaire cambodgien façonne discrètement les fêtes, les rituels et la vie quotidienne à travers tout le royaume. Ses mois portent des noms poétiques, évoquent les saisons et sont chargés de sens religieux.
Ce guide présente chacun des mois lunaires, ce qu’ils représentent et leurs liens avec les grandes traditions, de Pchum Ben au Nouvel An khmer, afin de mieux comprendre le rythme culturel du Cambodge.

Introduction
Quand on vit ou voyage au Cambodge, on remarque vite que les dates ne coïncident pas toujours avec celles du calendrier de son téléphone. Les fêtes se déplacent, les cérémonies suivent la lune et les anciens évoquent des mois aux noms inhabituels. C’est parce que le Cambodge s’appuie toujours largement sur son calendrier lunaire traditionnel (khmer : ចន្ទគតិ), surtout pour les événements religieux et culturels.
Cet article s’adresse aux voyageurs curieux, aux passionnés de culture et aux créateurs de contenu qui souhaitent une compréhension claire et pratique des mois du calendrier lunaire cambodgien. Vous y découvrirez les noms de chaque mois, leur sens et la manière dont ils se rattachent aux principales traditions. À la fin, vous serez mieux armé pour suivre l’année khmère avec confiance.
Comprendre le calendrier lunaire cambodgien
Le calendrier lunaire cambodgien est un système luni-solaire : il combine les cycles de la lune avec des ajustements solaires pour que les fêtes restent alignées sur les saisons. Chaque mois suit les phases de la lune, de la nouvelle lune jusqu’à la fin du cycle. Il comprend en général 12 mois, mais un mois intercalaire est parfois ajouté pour rester en phase avec l’année solaire.
Les mois sont divisés en deux quinzaines :
Les mois ont alternativement 30 et 29 jours : un mois de 30 jours est appelé ខែគូ (khae ku), tandis qu’un mois de 29 jours est appelé ខែសេស (khae ses). Ainsi, une année complète ne compte que 354 jours. Pour se réaligner sur le calendrier solaire, on ajoute périodiquement un mois supplémentaire, appelé លើកខែ, qui est en fait la répétition d’un mois existant. Zhou Daguan (en) notait que ce mois intercalaire était toujours le neuvième, ce qui le surprenait, car en Chine le mois intercalaire change selon les années, mais il s’agit en réalité du huitième mois, āsadhā (អាសាឍ).
De nombreuses cérémonies importantes ont lieu les 8e et 15e jours de chaque quinzaine, en particulier dans la pratique bouddhique.
Les 12 mois du calendrier lunaire cambodgien
1. មិគសិរ (Migasira)
Migasira se situe généralement entre novembre et décembre et marque la transition vers la saison fraîche. Ce mois est associé à la récolte et à la gratitude. Le fameux Bon Om Touk, ou Fête des eaux (en), a généralement lieu à cette période ; cette fête célèbre l’inversion du cours de la rivière Tonlé Sap (en).
2. បុស្ស (Pussa)
Pussa correspond approximativement à la période de décembre à janvier et fait partie des mois les plus frais au Cambodge. Sur le plan agricole, c’est une période relativement calme, mais elle est très active sur le plan spirituel, beaucoup de gens se rendant à la pagode et préparant des offrandes.
3. មាឃ (Māgha)
Māghā couvre en gros la période de janvier à février et constitue un mois religieux important. La fête de Meak Bochea (Māgha pūjā) (en) se déroule lors de la pleine lune et commémore un rassemblement spontané de moines venus écouter un sermon du Bouddha. Les processions aux chandelles dans les temples créent une atmosphère paisible et méditative.
4. ផល្គុន (Phalguna)
Phalguna s’étend de février à mars et marque la fin de la saison sèche. Les températures commencent à grimper, et cette période de transition précède les préparatifs intensifs du Nouvel An khmer.
5. ចេត្រ (Chetra / Chet)
Chetra correspond à la période de mars à avril, l’une des plus chaudes de l’année. Ce mois mène directement au Nouvel An khmer (en), même si la fête elle-même repose sur le calendrier solaire. La chaleur est intense et l’eau devient à la fois essentielle et hautement symbolique, notamment pour les rites de purification.
6. ពិសាខ (Visakha)
Visakha tombe entre avril et mai et est l’un des mois les plus sacrés du bouddhisme. Visak Bochea (en), célébré à la pleine lune, commémore à la fois la naissance, l’Éveil et le parinirvana (la mort physique) du Bouddha. C’est un moment clé de réflexion et d’accumulation de mérites dans tout le pays.
7. ជេស្ឋ (Jesdha)
Jesdha correspond à mai-juin et marque le début de la saison des pluies. Les agriculteurs préparent leurs champs et le paysage commence à reverdir. Le rythme de la vie rurale change alors de manière notable.
8. អាសាឍ / អាសាធ (Asadha)
Asadha couvre la période de juin à juillet et est étroitement lié aux traditions monastiques. Asadha Bochea commémore le premier sermon du Bouddha et marque également le début du Vassa, le carême bouddhique, pendant lequel les moines restent trois mois dans leurs monastères.
Dans les années avec mois intercalaire, on compte deux mois d’asadha : បឋមាសាឍ (bathamasadha, « premier Asadha ») et ទុតិយាសាឍ (tuteyasadha, « second Asadha »).
9. ស្រាពណ៍ (Sravana)
Sravana se situe entre juillet et août et prolonge la saison des pluies. C’est une période de dévotion religieuse accrue, durant laquelle les laïcs multiplient les offrandes aux moines, renforçant les liens entre les communautés et les pagodes.
10. ភទ្របទ (Bhadrapada)
Bhadrapada couvre la période d’août à septembre et revêt une importance particulière. On y célèbre notamment Pchum Ben (en), l’une des fêtes les plus importantes du Cambodge. Les familles y honorent leurs ancêtres en offrant de la nourriture aux moines, ce qui est considéré comme une manière de transférer des mérites aux défunts.
11. អស្សុជ (Assuja)
Assuja tombe autour de septembre-octobre. Les pluies commencent à diminuer et le travail agricole s’intensifie. C’est un moment de l’année qui combine efforts physiques soutenus et pratique religieuse continue.
12. កត្តិក (Kattika)
Kattika correspond à la période d’octobre à novembre et marque la fin de la saison des pluies. On y célèbre la cérémonie du Kathen, durant laquelle de nouvelles robes sont offertes aux moines. Ce mois symbolise le renouveau et la générosité au sein de la communauté bouddhiste.
Pourquoi ces mois comptent encore aujourd’hui
Même si le calendrier grégorien est largement utilisé, le calendrier lunaire cambodgien reste un repère essentiel de la vie quotidienne et est encore régulièrement employé pour dater nombre de documents officiels. Il détermine notamment :
- Les fêtes religieuses et les jours fériés
- Les dates auspicieuses pour les mariages et autres cérémonies
- Les cycles agricoles dans les zones rurales
- Les activités des temples et les rituels de mérite
Pour les voyageurs et les créateurs de contenu, connaître ces mois permet de donner davantage de profondeur à toute expérience au Cambodge. On ne se contente plus d’assister à une fête : on en comprend le calendrier, le symbolisme et la place dans un rythme culturel plus vaste.
Conseils pratiques pour utiliser le calendrier lunaire cambodgien
Si vous écrivez sur le Cambodge ou voyagez à travers le pays, quelques habitudes simples peuvent vraiment faire la différence.
- Vérifiez les dates lunaires des grandes fêtes comme Pchum Ben et Bon Om Touk, qui varient chaque année.
- Utilisez les calendriers locaux, souvent disponibles dans les marchés ou les pagodes, où les jours lunaires sont clairement indiqués.
- Demandez aux habitants les dates importantes : ils se réfèrent souvent davantage au calendrier lunaire qu’au calendrier occidental.
- Alignez votre calendrier éditorial sur les grandes fêtes pour capter les pics d’intérêt et de recherche.
Par exemple, publier un article sur Pchum Ben quelques semaines avant le mois de bhadrapada peut nettement renforcer sa pertinence et son trafic.
Pascal Médeville est écrivain et éditeur numérique installé au Cambodge, où il dirige le site Wonders of Cambodia. Il se consacre à la culture, à l’histoire et aux traditions khmères, aidant ses lecteurs à comprendre le sens profond du quotidien dans le Royaume.



















